Niveaux de traitement

Levels of processing


Théorie proposée par Craik et Lockhart (1972) montrant que plus le traitement des informations est profond (c.-à-d., sémantique), plus les traces mnésiques sont durables et résistantes à l’oubli en comparaison avec des traitements superficiels (perceptifs). La théorie des niveaux de traitement s’oppose aux théories structurales de la mémoire : elle insiste sur l’idée que ce sont les processus de traitement plutôt que l’existence de différents systèmes de stockage qui sont responsables de la mémorisation.

En savoir plus :


L’hypothèse des niveaux de traitement repose donc sur l’idée que la force de la trace mnésique est le résultat de traitements reposant sur un continuum, allant du plus superficiel au plus profond : plus le traitement est profond, plus la trace sera persistante.

Craik et Lockhart proposent deux formes répétition mentale des informations en mémoire : la répétition de maintenance, qui garde les informations actives, et la répétition élaborée, permettant un traitement plus profond.

De nombreuses études utilisant le paradigme des tâches d’orientation — type d’apprentissage incident durant lequel l’expérimentateur oriente le sujet vers un traitement particulier du stimulus (graphémique, phonologique, sémantique, référence à soi…) — montrent que les traitements profonds favorisent la mémoire.


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Les difficultés de la théorie

1. Certaines auteurs ont souligné le raisonnement circulaire de l’hypothèse des niveaux de traitement, notamment parce qu’il a été impossible de proposer des méthodes de mesure des niveaux de traitement indépendamment de la performance de la mémoire.

2. L’hypothèse du traitement approprié au transfert (transfer-appropriate processing) : cette hypothèse repose sur l’idée que la mémoire est meilleure si les processus utilisés au moment du test sont identiques à ceux utilisés pendant la phase d’étude. Cet aspect serait plus important que le niveau de traitement des informations.

C’est ce que suggère l’expérience de Morris, Bransford et Franks (1977). Les participants devaient effectuer pendant l’étude de mots un traitement superficiel de type phonologique (tâche de rime) ou un traitement profond sémantique de mots. Au moment du test, ils effectuaient soit un test de reconnaissance standard des mots parmi un ensemble de distracteurs, soit un test de reconnaissance de rimes (juger si des distracteurs riment avec les mots cibles étudiés). La proportion de reconnaissances correctes pour les différentes situations est présentée dans le graphique ci-dessous. Les résultats indiquent notamment que la performance de la mémoire chute quand le codage est sémantique mais qu’un traitement phonologique est réalisé au moment du test de la reconnaissance, par rapport à un test standard. Ainsi, la performance de la mémoire est meilleure si le même type de traitement est appliqué au moment de l’encodage et au moment de la récupération. 

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3. Si de nombreuses études ont pu montrer que les traitements profonds améliorent la mémoire, ils pourraient aussi être à l’origine de faux souvenirs. C’est ce qu’indique effectivement une expérience dede Toglia, Neuschatz et Goodwin (1999).

Utilisant le paradigme DRM, les sujets devaient étudier des listes de mots associées chacune à un mot qui n’était pas présenté. Les sujets effectuaient pendant l’étude une tâche sémantique ou une tâche de jugement graphémique pour le traitement superficiel. La mémoire des sujets est testée par une épreuve de rappel immédiat après chaque liste.

Conformément aux prédictions de la théorie des niveaux de traitement, le traitement sémantique améliore le rappel, comparativement au traitement graphémique, mais le taux de faux rappels (c.-à-d., dans le paradigme DRM, du rappel des mots associés aux mots étudiés, mais absents de la liste présentée) est plus important en situation de traitement sémantique qu’en situation de traitement superficiel.

4. Quand un sujet est orienté vers un traitement phonologique ou graphémique d’un mot, par exemple, il est peu probable qu’il n’ait pas accès au sens de ce mot (Craik et Tulving, 1975).

À lire :

Craik, F. I. M., & Lockhart, R. S. (1972). Levels of processing: A framework for memory research. Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior, 11(6), 671–684. doi:10.1016/S0022-5371(72)80001-X

Craik, F.M.I., & Tulving, E. (1975). Depth of processing and the retention of words in episodic memory. Journal of Experimental Psychology: General, 104(3), 268–294. http://doi.org/10.1037/0096-3445.104.3.268

Giboin, A. (1979). Le principe des niveaux de traitement ou principe de profondeur. L’année Psychologique, 79(2), 623–655. http://doi.org/10.3406/psy.1979.28289.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1979_num_79_2_28289

Morris, C. D., Bransford, J. D., & Franks, J. J. (1977). Levels of processing versus transfer appropriate processing. Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior, 16(5), 519–533. doi:10.1016/S0022-5371(77)80016-9

Voir aussi :

Effet de la référence à soi
Tâche d’orientation